Joss Stone - Introducing Joss Stone ( Virgin / 2007 )

« You gotta have the balls to change ». Il faut avoir les couilles de changer. C’est en substance ce qu’affirme le chanteur irlandais Vinnie Jones en intro de ce troisième album de Joss Stone. Pourtant après l’écoute des premiers morceaux, la chanteuse semble toujours autant attirée par une soul old school, avec une prédominance des cordes – « Girl They Won’t Believe It », « Bad Habit », contrebalançant un groove très présent lui aussi. On pense souvent aux BO de Shaft et Soulfly, deux films qui ont fait les belles heures de la blaxploitation dans les années soixante-dix. L’allusion à Superfly n’est pas anodine, puisqu’on remarque l’esprit de Curtis Mayfield dans les jeux de guitare subtils – « Proper Nice », « Put Your Hands On Me » -.
La voix est toujours aussi magnifique, son timbre aussi noir que la chanteuse a – avait – les cheveux blonds. Quelque part entre Aretha Franklin et Janis Joplin, Joss Stone possède tout simplement un don du ciel qui lui permet de chanter, il faut bien le dire, à peu près n’importe quoi, sans pour autant en faire des tonnes comme d’autres chanteuses de son âge.
Mais la bonne surprise ici, c’est qu’elle ne chante justement pas n’importe quoi, et grand bien lui a pris de s’offrir les services de Raphael Saadiq. Producteur ayant à son tableau de chasse une horde d’artistes R’n’B / hip hop – D’Angelo, Erika Baddhu, Kelis, The Roots -, Saadiq lui a concocté une production qui ménage de belle manière un pont entre passé et présent, faisant cohabiter une soul typique des seventies avec des rythmes plus actuels.
Contrairement à ce qu’on a pu entendre à droite à gauche, il n’y a pas une once de soupe R’n’B dans Introducing Joss Stone. « Head Turner », « Tell Me Bout It », avec ses succulents craquements de vynil -, le sensuel « Put Your Hands On Me » sont sous-tendus par des beats hip hop il est vrai, mais le tout demeure très acoustique. Oubliez les synthés à deux francs et les boum-boum-boum. Le groove de la basse et la classe des arrangements de cordes ressortent. Les légères incursions pop – hip hop style Black Eyed Peas – « Tell Me What We’re Gonna Do Now », avec le rappeur Common -, ou le beau duo avec Lauryn Hill où le phrasé de Joss Stone se rapproche ici de celui de Pink, passent très bien et arrondissent les angles d’une néo soul sans concession aucune.
A peine vingt ans, et à mille lieux des poupées R'n'B gonflables vite gonflantes, Joss Stone réintroduit une soul racée dont les arrangements plus actuels la rendent accessible aux jeunes de sa génération. Belle réussite.
Au moment où je termine cette chronique, je me demande encore où certains bloggeurs, aux tympans un peu abymés, ont bien pu trouver du R’n’B dans ce disque…

A écouter en priorité :

2- Girl They Won't Believe It
4- Tell Me Bout It
6- Put Your Hands On Me
7- Music (avec Lauryn Hill)
10- Proper Nice

DOM