Keren Ann - Keren Ann (Capitol / EMI / 2007)

Son statut d'apatride (elle vit entre Paris, Reykjavik et New York) et les influences qui découlent de ce déracinement font de Keren Ann une artiste à part et aux facettes multiples. Entre autres ambiances new-yorkaises ('Nolita') ou insulaires (le projet Lady & Bird avec l'islandais Bardi Johansson), les albums de Keren Ann ont cet aspect libre, cette espèce d'insouciance et de détachement qui lui permettent d'aller et venir, comme un marin qui prend ce dont il a besoin là où il se trouve, vivant dans l'instant, le spontané.
Sur ce nouvel album, éponyme (ce qui ne semble pas anodin... Keren Ann y parle peut-être un peu plus de Keren Ann), elle développe ses thèmes favoris autour de cette mélancolie qui lui est maintenant propre.
Armée de vieux amplis à lampes, de claviers sans âge, de guitares 70's, Keren Ann a exploité toutes les possibilités de son home-studio, auquel elle ne cesse d'apporter des améliorations, elle a notamment travaillé sur sa/les voix, en anglais uniquement, sur les superpositions de sons, d'ambiances, électriques ou boisées.
Peu importe les convenances, cette travailleuse et jusqu'auboutiste évolue et continue à explorer son monde et n'a pas peur de faire cohabiter les influences. Par exemple, 'Lay your head down', parfaite ode au calme, commence comme un bon vieux titre du Velvet et se termine en polyphonie qu'on pourrait rapprocher de Björk, les magnifiques 'Liberty' et 'Between the flatland and the caspian sea' se lovent dans des arrangements vocaux somptueux, qui eux-mêmes jouent au chat avec un orgue malin, ailleurs, elle prend un peu de Tom Waits et de Beth Gibbons (à moins que ce ne soit un peu d'Ambrosia Prasley (Shivaree)) pour un morceau à l'atmosphère alcoolisée et enfumée ('It ain't no crime'), ou se vautre dans l'electro, pour un morceau, certes dispensable mais terriblement décomplexé ('Caspia').
Dans le dénuement, aussi, Keren Ann ne se défend pas trop mal, 'The harder ships of the world' et 'Where no endings end', sur laquelle le vieux Henri n'aurait pas craché, sont assez réussies.
C'est désormais avec cette Keren Ann-là qu'il faudra compter, une chanteuse sans cesse en exploration, touche-à-tout, insaisissable, libre.



Simon