Travis - The Boy With No Name (2007)

S’il y a bien quelque chose que l’on peut dire à propos du nouvel album de Travis, The Boy With No Name, c’est qu’il ne cherche pas à faire dans l’innovant.
Mais quel bonheur de se replonger dans cette fraîcheur initiale qui nous avait déjà séduit il y a maintenant quelques années bien tassées (8 pour être précise). L’oreille agacée par les arpèges pincés et mélodiques de la guitare (comme si souvent dans « The Invisible Band ») dès le premier titre de l’album, « 3 Times And You Lose », c’est comme retrouver cette bonne vieille route qu’on avait pas repris depuis son enfance pour rejoindre une maison perdue dans un coin paumé, qui appartenait à une vieille tante ou un cousin et dans laquelle, on s’en souvient comme si c’était hier, on a passé les plus belles vacances de sa vie.
Car il y a de la nostalgie dans cet album, glissée ça et là comme par inadvertance. C’est comme une faiblesse révélée dans l’intimité des mélodies, la simplicité des textes et la coulée douce des rythmes choisis dans « Closer », premier single.
Mais Travis ne s’y englue pas, l’oreille de son auditoire non plus du coup et ce dernier décide de suivre le sentier pour voir s’il n’y a pas quelque chose de changé dans le jardin de la maison. C’est un battement de basse insistant qui nous attire vers le cœur de l’album. La voix de Fran Healy se fait plus profonde aussi, l’atmosphère plus grave mais la richesse mélodique nous porte sans jamais nous décevoir. Car c’est ce qu’il y a d’extraordinaire chez Travis, cette capacité à anticiper nos attentes, à deviner nos désirs et surtout à ne pas les frustrer.
Alors évidemment, ce n’est pas encore avec cet album que vous pogoterez lors de leur concert (quoiqu’en poussant un peu « Eyes Wide Open »…). Cependant Travis c’est comme les Beatles, vous avez beau savoir qu’ils disent toujours plus ou moins la même chose dans leur chanson (à savoir « I love you yeah yeah yeah), vous ne vous en lassez pas. Car au fond on est tous resté des enfants et les enfants ça aime qu’on leur raconte la même histoire encore et encore et encore une fois, jusqu’à ce qu’ils en débordent, jusqu’à ce qu’ils finissent par y croire pour toujours. Comme pour illustrer ces histoires là, les chansons suivantes se font lyriques dans les arrangements, piano et guitare s’entremêlant, se gonflant, disparaissant dans des lignes mélodiques et des chœurs (de fées ?) toujours plus sensibles (splendide « One Night »). Et l’enfance on ne peut qu’y penser quand on connait la récente paternité du chanteur. « Out In Space » nous feraient même penser à une jolie comptine si l’on n’y prenait pas garde.
En bref, un joli opus dans lequel Travis se fait tendre, léger et efficace, garni de 3 titres bonus et cachés pour ceux qui oublient leur CD dans leur chaîne quand il est fini… ou qui ne peuvent se résoudre à en accepter la fin, tout comme on accepte rarement de dormir lorsque sont prononcés les mots fatidiques tout aussi heureux qu’ils soient « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Alors, conte à suivre.


Caro