Kaolin,
La Poudrière (Belfort, 20 janvier 2007)
Parterre de jeunes filles dans les premiers rangs pour le groupe originaire
de Montluçon qui vient défendre son troisième album.
Kaolin avait surpris son monde l'année dernière en inondant
les ondes avec « Partons vite » et sa pop acoustique ensoleillée
comme un matin d’été. Le quatuor rompait alors avec
les deux précédents albums d’un abord moins évident,
avec leurs morceaux oscillant entre rock noisy et plages plus apaisées.
On est loin des 16 minutes post rock des « Nageuses » sur
le premier album, mais le public n’est aussi plus le même,
plus jeune, plus impatient...
Le
concert de ce soir, qui affiche archi-complet dans une ambiance surchauffée
au sens propre, reflète bien le virage pris sur « Mélanger
les couleurs ». Si « Partons vite » semble avoir été
composé pour passer en radio et en télé, l’opus
possède un son général plus rock et énergique,
comme les onze chansons interprétées ce soir l’ont
démontré. Après l’entrée des musiciens
sur l’intro vocale du troisième album, Kaolin fait monter
la pression en enchaînant des morceaux alliant mélodies travaillées
et guitares puissantes. Si le premier titre joué, « Sur le
cœur », a une légèreté pop rock acoustique
de tradition bien française, la suite s'avère plus rugueuse
et tendue.
Les fans de la première heure regretteront probablement les débuts
post rock, à une époque où Kaolin enchaînait
habilement downtempos hypnotiques et sections plus rock. La dimension
mélodique est toujours là, mais les longs intrumentaux planants
et expérimentaux laissent la place à une pop plus abordable.
Le Kaolin nouvelle formule s’annonce donc plus direct, plus carré
aussi mais l’énergie passe bien. Set court, et néanmoins
dense et cohérent où le groupe fait parler les décibels
à coups de riffs saturés et mélodiques et de batteries
nerveuses. Les voix de Guillaume Cantillon et Ludwig Martins, guitariste,
se côtoient parfois sur des morceaux plus aériens - "Belle
évidence", l'incantatoire "Shalem" et ses sonorités
océaniques, ou encore "J'irai mélanger les couleurs"
-.
Mention
spéciale aux tendancieux et chaloupés « Fais semblant
» et « Chercher des poux », histoire de « parler
un petit peu de sexe » comme le fait remarquer Guillaume, deux titres
trempés dans une power pop efficace, riffs lourds contrebalancés
par des gimmicks clairs de guitare, basse groovy.
Le chant de Guillaume, un peu en retrait sur les deux premiers albums,
a pris de l’assurance même s’il a parfois du mal à
se détacher du basse-batterie puissant, sur des mélodies
laissant moins la place à l’émotion et privilégiant
les montrées d’adrénalyne. Il s’attache cependant
à garder le contact avec son public, l’interpelant, le provoquant
même parfois gentiment, suscitant l’émoi chez les jeunes
filles. Vers la fin il troque sa basse contre une guitare acoustique pour
reprendre LE tube du moment, « Partons vite», ayant pris le
soin préalable de susciter l’impatience avec quelques longues
secondes d’attente, le groupe silencieux et immobile, et le public
n'y tenant plus. La foule connaît bien sûr les paroles par
cœur et se trémousse, faisant encore monter la température
de quelques degrés - On n'avait pas besoin de ça... -. Kaolin
s’autorise une pause détente au milieu de ce déferlement
de décibels.
Le groupe reviendra à ses premières amours lors de l’unique
rappel… qui durera tout de même une bonne dizaine de minutes,
avec « Vide et silence », où les mélodies en
apesanteur se heurtent à de purs moments noisy durant lesquels
les deux guitaristes explorent leurs pédales d’effets pour
trouver le bon son qu’ils étirent, compriment, modèlent
selon leurs envies, à la manière de leurs homologues écossais
de Mogwai. On croirait presque assister à un autre concert...
La soirée se termine dans une déflagration sonore qui a
pourtant du mal à couvrir les hurlements de satisfaction de la
Poudrière.
Caroline / DOM
Kaolin, Mélanger les couleurs (At'Home / Wagram / 2007)
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