Les Ogres
de Barback, Le Jules Verne (Montbéliard, 31 mars 2007)
Pour ceux qui ignoreraient encore jusqu’au nom des Ogres de Barback,
sachez que cette petite famille (4 frères et sœurs) roulent
leur bosse sur les provinces françaises et européennes depuis
déjà presque 15 ans… Alors autant dire que les concerts,
ils connaissent !
Ils avaient
posé ce soir là leur 2 vans de tournée et leurs valises
à Montbéliard, au Jules Verne, jeune salle de spectacle
qui sent presque la peinture encore fraîche.
Ceux qui connaissent la réputation des Ogres vous diront qu’à
chaque concert l’ambiance est chaude. Encore une fois cette réputation
ne s’est pas démentie, peut-être en partie grâce
à la touche de fraîcheur apportée lors de la première
partie assurée par Hervé Lapalud. A coups de chansonnettes
acoustiques comme on les aime, pleines de simplicité mais de vérités
bien placées, et de « minute de sponsoring » en l’honneur
des harengs Pilchard, il nous délivre une tranche de vie et de
franche rigolade teintée de poésie. Et y’a pas à
dire en ce moment, c’est bien tout ce que l’on demande. Et
le public le lui rend bien. J’avais rarement assisté au concert
d’un parfait inconnu en m’y sentant si impliquée. Jusqu’à
cette chansonnette finale que tout le monde à repris en chœur
comme si ça avait été le tout dernier tube en vogue
et presque sans qu’on lui demande.
Mais
assez parlé des hors d’œuvre et passons au plat de résistance
car il est bien connu que quand une entrée est bien dosée
on a encore plus faim qu’au commencement ! La scène des Ogres
se monte sous nos yeux. Un chantier de machineries musicales où
une grue-grosse caisse manœuvre un immense tuba, une contre basse
tient debout par enchantement, des images apparaissent sur des écrans
amovibles. Et le public se chauffe la voix sur les classiques dont le
si populaire « Rue de Paname ». Le joueront-ils ? Le joueront-ils
pas ? Les paris sont lancés et comme si de rien était la
scène est prête, le spectacle imminent. Le public retient
son souffle. Car c’est une constante avec les Ogres, ils sont comme
la boîte de chocolat de Forrest Gump : avec eux, on ne sait jamais
sur quoi on va tomber. Ils aiment surprendre leur public, ils nous l’ont
dit peu avant le concert, alors je décide de me laisser faire pour
une fois et de me laisser entraîner dans leur histoire.
Il était une fois 4 frères et sœurs (2 grands frères
et 2 petites sœurs jumelles) qui se font virer de chez leurs parents
et qui décident de prendre la route avec leur barda. Cette vie
de Bohême, ils nous la racontent dans toute une première
partie qui me fait penser à une succession de tableaux rendant
hommage à la musique qui les a construits. 4 guitares, 4 cuivres,
4 accordéons accordés à l’unisson, la voix
de Fred évidemment entraîne cet enchaînement et scande
leurs aventures de ce ton de bonimenteur, de conteur un peu désabusé.
Car les thèmes ne sont pas toujours joyeux et la mélodie
se fait parfois mélancolique dans ces nouvelles chansons d’un
album qui doit sortir dans quelques jours. De cela aussi ils nous avaient
prévenus. Mais le public n’en démord pas. Il est venu
pour faire la fête avec les Ogres alors il saute (dans tous les
sens du terme) sur chaque montée de rythme de la contrebasse ou
de la grosse caisse afin de leur prouver. Après un certain temps,
je ne saurai vous dire précisément car dans ce genre de
concert on ne regarde sa montre que quand on va se coucher, subtilement
ils entament un crescendo qui s’apothéose sur un «
Grand-mère » qui assouvit enfin le besoin de plus en plus
pressant d’un parterre piaffant et chantant « papala papala
» dans une euphorie de plus en plus palpable.
Mais
les ogres n’ont pas fini de nous surprendre ce soir, loin de là.
Tout d’un coup, il se fait comme un vide sur la scène et
ne restent que les 2 frères sur des consoles informatiques qui
se mettent à mixer leurs propres créations en direct live,
on se croirait en proie à des DJ perdus dans un film de Kusturica.
Leurs sœurs les rejoignent avec des instruments plus classiques et
se mélangent gracieusement aux rythmes électroniques jusqu’à
ce que finalement les premières amours populaires de la trompette
et du piano reprennent leur droit. Le panel aurait été incomplet
sans le set électrique qui s’ensuit, la basse électrique
a remplacé la contrebasse, Sam a sorti sa guitare électrique
et les anciennes chansons s’enchaînent comme « Salut
à toi », grand classique Barbackien. On commence à
se demander si finalement la surprise ultime serait que le concert ne
se termine jamais. Hélas, ils nous annoncent que la fin est bientôt
là. Heureusement, les Ogres sont des grands menteurs et ils nous
réservent encore quelques surprises. Envoûtée par
le mouvement incessant qui règne sur scène (il est rare
qu’aucun d’entre eux reste avec le même instrument dans
les mains plus de 2 minutes !), je ne me rends même pas compte que
presque tout le décor a disparu. Je sors de ma rêverie quand
mon oreille me fait savoir que le niveau de décibels est décidément
bien en dessous de la moyenne pour un concert des Ogres de Barback.
C’est
à cet instant que je m’aperçois enfin qu’ils
m’ont eue et complètement bluffée. Ils ne sont plus
que tous les 4 sur la scène avec un instrument dans les mains et
leur souffle pour seul ampli. Fred a bien du mal à faire entendre
le refrain de leurs plus célèbres chansons tant le public
est heureux de leur voler la vedette. Résignés devant tant
d’enthousiasme, ils lancent (enfin !) le tant attendu « Rue
de Paname » baissant le ton progressivement et s’éclipsant
discrètement, passant en quelque sorte le relais à ceux
pour qui leur musique est dédiée, leur rendant par là
le plus bel hommage. Ils leur offrent en cadeau cette chanson, cet hymne,
ce mythe que le public chante encore longtemps dans le noir après
leur départ et qui comme par magie prend tout d’un coup sa
liberté ne leur appartenant désormais plus.
C’est donc, selon leur habitude, en toute humilité qu’ils
terminent ce concert. Ils réapparaissent sur une ultime mélodie
à la fois encore là et déjà partis, en conduisant
chacun une marionnette à leur image qui s’anime de leurs
pas, de leurs gestes, de leur musique et qui, d’un signe simple
et enfantin, nous fait au revoir de la main.
Caro