Shearwater,
La Poudrière (Belfort, 03 novembre 2006)
Les grands espaces
Ce soir la Poudrière reçoit Jay Tillman et Shearwater, deux
artistes phares de l'excellent label Fargo. L’ambiance promet d’être
plutôt détendue, puisque des tables ont été
installées dans la salle, et lorsque nous arrivons quelques spectateurs
sont déjà assis, discutant tranquillement autour d’un
verre, avec en fond sonore la folk claire-obscure de Ray Lamontagne. En
attendant Jay Tillman et Shearwater le public découvre le nouveau
set du groupe Yules, originaire de Haute-Saône, set placé
sous le signe d’un folk rock très acoustique. Les deux frères
partagent la scène avec une choriste qui donne une ampleur supplémentaires
à leurs ballades. On est aussi agréablement surpris par
le relief donné à certains titres qui se voient agrémentés
de boucles samplées et créées en live par le chanteur
– guitariste. Bonne entrée en matière du groupe qui
met en avant ici un travail sur les arrangements vocaux – enrichis
par le sampler – , et visiblement apprécié par le
public de la Poudrière.
Le
tout nouveau poulain de l’écurie Fargo se fraie tranquillement
un chemin à travers le public pour aller prendre possession de
la scène. Le deuxième concert de la soirée, assuré
par Jay Tillman, peut commencer. Avec sa veste en velours côtelé,
son blue jean et ses cheveux longs, on a l'impression qu'il vient tout
juste de descendre de son fidèle destrier. Seul sur scène
avec sa guitare, il enchaîne des compositions teintées de
country folk et d'une touche de blues. Ses arpèges possèdent
un son métallique et sec alors que la voix se fait plus douce,
parfois sussurante. A l’instar des spectateurs du premier rang assis
sagement devant la scène, la musique de Tillman requiert de l’attention,
si l’on veut se laisser porter par ce songwriting délicat
et ces accords qui résonnent et vous transportent loin, loin...
Tandis que voix et guitare hantent votre esprit, vous pensez aux folk
songs désabusées sur l’album Nebraska de Springsteen.
Pendant quarante-cinq minutes, le plafond de la Poudrière s’ouvre
pour laisser apparaître un ciel bleu azur. Ces morceaux dépouillés
sentent bon les grands espaces et les après-midis écrasés
de soleil du sud des Etats-Unis. Tillmann, visiblement plus à l’aise
pour chanter que pour parler, marmonne quelques mots presque inaudibles
en anglais entre deux chansons, a l’air un peu perdu. Il accorde
sa guitare, sort un minuscule carnet défraîchi où
il consulte probablement le prochain titre qu’il va jouer, demande
en regardant vers la régie combien de morceaux il lui reste à
jouer. Après un dernier titre plus blues, il quitte la scène
sans un mot. Sa musique hantée entre ballades fragiles et americana
désabusée plâne encore alors que les lumières
de la Poudrière s’éteignent. Et c’est déjà
beaucoup.
Après
un dernier interlude, les quatre musiciens de Shearwater arrivent sur
scène et ouvrent les hostilités par une série de
titres du dernier album. « Red Sea Black Sea » ou encore "White
Waves" sont des titres survoltés où le banjo de Jonathan
Meiburg et sa voix puissante et atypique se taillent la part du lion,
dans une ambiance country rock très électrique. Shearwater
débute donc ce concert en injectant au public belfortain une forte
dose d’énergie brute, batterie et contrebasse martelantes,
distillant un indie rock qui leur est propre. Si ce début de set
donne à voir le côté débridé du groupe,
les texans font redescendre la pression avec « La dame et la licorne
», où Meiburg délaisse son banjo pour aller s’installer
au clavier. Complainte planante où la voix demeure en équilibre
constant entre cri et murmure, sa structure progressive, ses accords aérés
et la voix suraigüe de Meiburg fonctionnent particulièrement
bien sur scène. C’est d’ailleurs à ce dernier
que l’on doit l’intégralité des titres de Palo
Santo, dernier album en date, et cela s’entend dans la mesure où
l’énergie semble émaner d’abord de lui.
Il
se fend de quelques anecdotes, racontant notamment comment la veille au
soir, une serveuse allemande lui a confié qu’elle trouvait
leur musique très belle mais… qu’elle n’aimait
pas du tout sa voix ! Les musiciens qui l’entourent paraissent en
revanche plus contenus, même si batterie, contrebasse et clavier
savent donner de la voix dans les moments plus métalliques –
« Seventy-Four, Seventy-Five » - ou carrément noisy
et rugueux – le final de "Hail Mary"-. Howard Draper,
multi-instrumentiste officiant tour à tour au clavier, à
la basse, à la guitare et aux percussions, se fait plus discret,
excepté lorsqu’il empoigne sa guitare lors du cinquième
morceau, formant pour un temps un duo complice avec Kim la contrebassiste.
Sur des titres comme « Going Is Song » et « Palo Santo
», plus acoustiques, le groupe ensorcelle le public avec des ambiances
feutrées qui rappellent les ballades de Radiohead – «
I Will », « Fake Plastic Trees ». La voix est précise
dans ses modulations et ses vibratos, et la contrebasse apporte aux morceaux
rondeurs et douceurs rassurantes, en plus d’une grâce toute
féminine bienvenue.
Le concert terminé, après deux rappels, on pourra croiser
les membres du groupe dans le public, ravi de pouvoir échanger
quelques mots avec les texans.
DOM
(merci à Selma pour ses tuyaux précieux sur les titres
des chansons, les ambiances... et les mp3 !!!)
>>
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