
La Guerre du Son est à la base un festival furieusement rock et compte bien le rester. Louis Pergaud qui s'est inspiré de Landresse pour son roman La Guerre des Boutons aurait bien du mal à reconnaître le plateau la troisième semaine de juillet. C’est ce que nous disait hier la programmation – Mass Hysteria, Sna-Fu entre autres – et c’est ce qu’elle nous dit encore aujourd’hui.
Le temps est avec nous sur le plateau. On n’aura probablement pas droit à la boue et c’est tant mieux, d’autant plus que le festival a convié cette année la Fanfare Hurlante, formation ébouriffante reprenant des standards metal avec des instruments de fanfare – cuivres, tambours agrémentés tout de même d’une basse -. La Fanfare Hurlante arpente l’herbe tendre de Landresse entre deux concerts pour servir au public des versions cuivrées de Killing In The Name, Smoke On The Water et autres standards metal. Au milieu du public, la proximité est évidente, certains élements du groupe s’échappant de temps à autre pour aller zigzaguer parmi les festivaliers. L’impression que le son nous enveloppe totalement, et cette vision un peu surréaliste du métalleux brandissant le signe du diable à trente centimètres d’un tuba…
Sur la scène de Landresse abritée d’une belle charpente en bois – expliquant en partie la qualité sonore ce soir-là -, c’est Machina Deus Ex qui inaugure cette deuxième journée sur du metal gothique. Toujours difficile de convaincre un public de début de journée tandis que les guerriers de la veille reposent leurs jambes fatiguées au camping tout proche... De noir vêtus, les musiciens détonnent aussi quelque peu dans le décor champêtre… et diurne ! Les versaillais de Machina Deus Ex nous présentent les morceaux de leur album sorti en 2007 Figurines. Un metal sombre qui lorgne pourtant parfois du côté de sonorités plus pop, notamment au niveau des voix. Le groupe recèle en effet un duo masculin féminin. On pourra reprocher à de dernier un manque de précision dans les arrangements des deux voix, provoquant parfois une dissonance. Les musiciens occupent bien la scène malgré l’heure peu avancée et font tout pour motiver un public encore un peu timide. Le côté electro assez présent sur l’album et qui donne du relief aux morceaux ressort malheureusement moins en live. Mais le potentiel est là avec de bonnes compos dans un esprit metal atmosphérique.
Il serait fou aujourd’hui de monter un festival sans programmer un bon groupe de reggae. Que l’on apprécie ou pas cette musique, force est de constater, de manière tout à fait objective et journalistique, que les groupes de reggae, ça met tout de suite l’ambiance. Les suisses de Moonraisers ont été conviés. Le public se rapproche de la scène. La langueur herbacée propre aux groupes de reggae s'installe doucement sur le plateau de Landresse.
C’est ensuite aux frangins de Kill The Young de faire leur entrée après un line check qui s’est étiré un peu en longueur. Mais une fois que tout est réglé, il faut bien avouer que les trois mancuniens envoient comme savent le faire les meilleurs groupes anglais. En formation power trio il y a intérêt à cueillir le public dès les premières notes et c’est que ce font les anglais. We Are The Birds And The Bees fait sauter le bouchon. Un son puissant et compact – certes pas autant que Watcha qui les suivra –, une tension et une énergie constantes de bout en bout. Comparé au dernier album en date qui bénéficiait d’une production clinquante – Placebo, Ghinzu… -, le son sur scène est sale, graineux, sauvage et même la voix de Tom paraît plus étranglée. L’osmose – pas fumeuse cette fois – est évidente dans la fratrie. Les titres s’enchaînent naturellement, peu de temps morts et des hurlements dans les premiers rangs, du pogot méchant également au sein du public. Un dosage habile entre des morceaux assez bruts, s’approchant parfois du grunge, et d’autres plus dansants et mélodiques. On se demande encore pourquoi les médias nous servent la grand messe avec des groupes comme Razorlight quand on entend des formations de la trempe de Kill The Young…

La soirée se poursuit avec le grand retour de Watcha qu’on n’avait pas vus dans la région depuis 2005 et leur participation à l’Herbe En Zik. Autres temps, autres mœurs. Butcho le chanteur nous confiait quelques heures plus tôt que le public metal est très changeant. Watcha ne sont certes plus sous les feux de l’actu metal française, mais leur énergie est demeurée intacte comme va en témoigner le concert qu’ils s’apprêtent à donner ce soir sous la scène de Landresse. Retournant à un son brut de décoffrage après un Phoenix moins guerrier en 2005, le dernier album sorti il y a quelques mois laissait augurer de prestations scéniques pour le moins… énervées. Quelques secondes suffisent à Butcho et ses acolytes pour nous donner raison. Le son de Watcha 2008, c’est moins d’artifices, moins de production flashy pour retourner peut-être à une fraîcheur évidente - qu’ils étaient conscients d’avoir perdue ?-. En tous cas les nouveaux morceaux en anglais – exception faite de l’incontournable saga de Sam qui revient une fois encore sur le nouvel album – sont taillés pour la scène métal, les ados en furie et les bras levés à chaque phrase du chanteur, chaque riff des guitaristes. On se perd parfois entre les morceaux, les structures, les paroles, mais on constate l’étendue vocale du chanteur, la puissance sonore et la capacité à électriser un public, la proximité avec ce dernier également. Du lourd.
Pour clore cette nouvelle édition de la Guerre du Son, un autre groupe énervé mais dans un style totalement différent : Kiemsa. Du punk rock, celui qui vous décrasse à coup sûr les conduits auditifs, une énergie positive et surtout communicative qui se répand comme une onde de choc dans le public.Ca slamme à tout va, ça pogotte et il y a encore bien du monde à la Guerre du Son en dépit de l’heure tardive – plus d’une heure et demie du matin -.Sagement vêtus de costumes style Blues Brothers, les musiciens de Kiemsa tombent vite le masque. Ils ont pimenté leur punk rock d'une section de cuivres tout aussi allumée. Le chanteur sur ressorts s'en donne à coeur joie. C'est festif sans être lourd, le guitariste aux pointes dressées sur la tête impressionne. Les autres aussi. La fin idéale d'une soirée qui n'a pas été loin de l'être aussi.
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